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ÉDITORIAL | Construire sans entretenir : le grand paradoxe de Kisangani

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Depuis plusieurs mois, la ville de Kisangani connaît une transformation progressive de son paysage urbain. Plusieurs grandes artères et avenues principales sont en cours de modernisation ou ont déjà bénéficié de travaux d’asphaltage. Ces réalisations constituent sans aucun doute une avancée majeure pour la mobilité urbaine, l’attractivité de la ville et l’amélioration du cadre de vie des Boyomais.

Cependant, derrière cette dynamique encourageante se cache une préoccupation de taille : l’absence quasi totale d’une politique d’entretien des infrastructures nouvellement construites. À Kisangani, les routes semblent souvent être considérées comme des ouvrages à inaugurer plutôt que comme un patrimoine à préserver.

À peine quelques mois après leur mise en service, certaines chaussées commencent déjà à montrer des signes de dégradation. Les caniveaux se bouchent progressivement sous l’effet de l’accumulation des déchets et des sédiments. Les avenues asphaltées ne sont ni balayées ni régulièrement nettoyées, au point que la terre finit par recouvrir certaines portions de la chaussée. Le paradoxe est frappant : des routes construites à grands frais se transforment peu à peu en voies poussiéreuses, donnant parfois l’impression qu’elles n’ont jamais été asphaltées.

Cette situation soulève de nombreuses interrogations. Où sont les mécanismes de suivi et de maintenance ? Où sont les services techniques censés veiller à la pérennité des investissements publics ? Comment expliquer qu’une ville disposant de brigades d’assainissement laisse se détériorer des infrastructures dont la construction a mobilisé d’importantes ressources financières ?

Le problème ne se limite pas aux routes. L’éclairage public, indispensable à la sécurité et à l’embellissement de la ville, connaît lui aussi un déclin préoccupant. Des lampadaires souvent installés avec enthousiasme disparaissent progressivement du paysage urbain ou cessent de fonctionner faute d’entretien et de suivi quelques mois après. Là encore, l’absence d’une stratégie durable de maintenance compromet les efforts consentis.

Une ville moderne ne se construit pas uniquement avec du béton, de l’asphalte et des lampadaires. Elle se bâtit également sur une culture de gestion, d’entretien et de responsabilité. Investir dans les infrastructures sans prévoir leur maintenance revient à remplir un panier percé : les bénéfices sont réels mais de courte durée.

Les autorités compétentes gagneraient à faire de l’entretien une priorité aussi importante que la construction elle-même. Car le véritable développement ne se mesure pas seulement au nombre de kilomètres de routes inaugurées, mais aussi à leur état plusieurs années après leur mise en service.

Kisangani mérite mieux qu’une succession d’inaugurations. Elle mérite une vision durable, capable de préserver les acquis et de garantir aux générations futures des infrastructures fonctionnelles, propres et dignes d’une grande ville.

La Rédaction

La Rédaction. Contact : +243 850 710 634 & +243 826 769 494 & +243 817 180 576 Adresse physique du bureau : Makiso, Kisangani, TSHOPO, RD. Congo.

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