Kisangani : face à la flambée du prix du carburant, le Pr Janvier Egudra alerte sur une véritable bombe économique à retardement
La ville de Kisangani, chef-lieu de la province de la Tshopo, traverse une période de fortes turbulences marquée par une flambée inquiétante du prix du carburant. Depuis plusieurs semaines, les tarifs pratiqués à la pompe connaissent une hausse spectaculaire, dépassant largement les prix fixés par la structure officielle. Cette situation préoccupe autant les ménages que les opérateurs économiques en raison de ses répercussions directes sur le coût des transports, le prix des produits de première nécessité et le pouvoir d’achat de la population.
Face à cette crise, le professeur Janvier Egudra, doyen de la Faculté des sciences économiques de l’Université de Kisangani (UNIKIS), est sorti de sa réserve pour lancer un avertissement aux autorités provinciales. L’économiste appelle à la prudence et à une gestion rigoureuse du dossier pétrolier afin d’éviter une aggravation de la conjoncture économique locale.
Le Pr Egudra rappelle que la fixation du prix des carburants terrestres relève exclusivement de la compétence du ministère national de l’Économie. Toute modification locale de la structure officielle des prix pourrait, selon lui, fragiliser davantage l’équilibre socio-économique de la région.Il souligne que l’Est de la République démocratique du Congo présente des spécificités qui le rendent extrêmement sensible aux variations de tarifs. Les écarts de prix observés depuis plusieurs années entre les parties Est et Ouest du pays favorisent déjà les phénomènes spéculatifs et les déséquilibres du marché.
Dans ce contexte, il estime que toute taxe conventionnelle envisagée au niveau provincial devrait être appliquée au coût de revient des opérateurs, et non être répercutée sur le prix final supporté par les consommateurs.
Selon l’expert, même une augmentation apparemment insignifiante du prix de ce produit stratégique pourrait produire un effet domino considérable sur l’ensemble de l’économie locale, notamment dans les secteurs du transport, du commerce et des services.« Ajouter ne serait-ce que 0,0001 à la structure des prix est une bombe qu’il ne faut jamais oser manipuler », prévient-il.
S’adressant directement aux décideurs provinciaux, le doyen de la Faculté des sciences économiques de l’UNIKIS estime que la question du carburant dépasse largement les considérations politiques locales et doit être traitée avec la plus grande responsabilité.
« Le gouvernement provincial de la Tshopo devrait faire très attention avec le carburant. Son prix et ses opérateurs peuvent provoquer une crise économique et sociale bien plus rapidement qu’une motion de l’organe délibérant. Une fois l’hémorragie enclenchée, aucun simple télégramme ne pourra l’arrêter », avertit-il.
Pour l’économiste, la stabilité de la filière pétrolière constitue un facteur essentiel de paix sociale, de mobilité des populations et de préservation du tissu économique local. Il met en garde contre toute décision prise sans une analyse technique approfondie, estimant qu’une mauvaise gestion de ce secteur stratégique pourrait déstabiliser l’ensemble de la province.
Alors que la structure officielle du ministère national de l’Économie fixe le prix du litre d’essence à 4 400 FC et celui du gasoil à 5 600 FC dans la zone Est, plusieurs points de vente à Kisangani proposent actuellement le carburant entre 5 000 et 7 000 FC le litre.Cet écart significatif alimente les inquiétudes des consommateurs et des acteurs économiques, qui redoutent une aggravation de la spéculation ainsi qu’une hausse généralisée des prix des biens et services dans la province de la Tshopo.
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