Bois d’œuvre artisanal à Banalia-Kisangani : une filière économique sous pression environnementale

LUMIÈRENEWS.CD
LUMIÈRENEWS.CDhttps://lumierenews.cd/
La Rédaction. Contact : +243 850 710 634 & +243 826 769 494 & +243 817 180 576 Adresse physique du bureau : Makiso, Kisangani, TSHOPO, RD. Congo.

Entre création de revenus, approvisionnement du marché urbain et pression croissante sur les ressources forestières, la chaîne de valeur du bois d’œuvre artisanal sur l’axe Banalia-Kisangani présente une réalité à la fois économique, sociale et environnementale. C’est ce que révèle une étude réalisée par le CT Ir Dep’s Boumo Lisagola, surnommé « Coach Mental », dans le cadre de son mémoire de Diplôme d’études spécialisées (D.E.S.), sanctionné par une mention Distinction.

Intitulée « Analyse des performances organisationnelles, économiques, sociales et environnementales de la chaîne de valeur de bois d’œuvre artisanal sur l’axe Banalia-Kisangani », cette recherche, menée d’avril 2025 à juin 2026 dans la province de la Tshopo, s’est intéressée aux principaux acteurs de la filière, notamment les exploitants artisanaux, transporteurs, commerçants, communautés locales et services de l’administration forestière.

L’étude met en évidence une chaîne de valeur qui contribue effectivement à l’économie locale, mais dont les retombées demeurent inégalement réparties. Les exploitants artisanaux supportent une part importante des coûts liés à la production, tandis que certains acteurs situés en aval, particulièrement les commerçants, enregistrent des marges plus élevées. La marge brute moyenne des commerçants est estimée à 70,3 dollars américains par unité, correspondant à un taux de marge de 25,5 %.

Pour le chercheur, cette situation traduit une captation déséquilibrée de la valeur créée et souligne la nécessité de renforcer les mécanismes de gouvernance, de négociation et de coordination entre les différents maillons de la filière.

Sur le plan organisationnel, la recherche relève également une faible structuration des acteurs. Les initiatives individuelles restent dominantes, alors que la formalisation et la coordination entre les différents intervenants demeurent limitées. Cette situation réduit notamment la capacité des exploitants à défendre leurs intérêts, à améliorer leur accès aux marchés et à mieux bénéficier des revenus générés par la filière.

La structuration des exploitants en organisations professionnelles ou en coopératives apparaît ainsi comme une piste importante pour améliorer la gouvernance et renforcer leur pouvoir de négociation.

Sur le plan social, l’exploitation artisanale du bois constitue une source de revenus et d’activités économiques pour les communautés locales. Toutefois, ses effets restent limités en matière de création d’emplois durables et de cohésion sociale. Les conflits liés à l’accès et à l’exploitation des ressources forestières demeurent notamment un défi à prendre en compte dans la gestion de la filière.

La dimension environnementale apparaît comme l’un des principaux points d’alerte de l’étude. La diminution de la disponibilité de certaines essences exploitées, conjuguée à l’insuffisance des initiatives de reboisement et de restauration forestière, témoigne de la pression exercée sur les ressources. Une situation qui pose la question de la viabilité à long terme d’une activité pourtant importante pour l’économie locale.

L’étude estime ainsi que la pérennisation de cette chaîne de valeur passe nécessairement par une meilleure articulation entre les impératifs économiques et la conservation des ressources forestières. Il s’agit notamment de renforcer la formalisation des acteurs, d’améliorer la gouvernance, de promouvoir les organisations ou coopératives d’exploitants et de favoriser une répartition plus équitable de la valeur créée.

La promotion de pratiques d’exploitation compatibles avec la gestion durable des forêts et le renforcement des mécanismes de restauration des ressources figurent également parmi les orientations mises en avant par la recherche.

Au-delà de sa mention Distinction, le travail de Dep’s Boumo Lisagola ouvre ainsi une réflexion sur l’avenir d’une filière située au croisement de trois impératifs : produire, faire vivre les communautés et préserver la forêt.

Après cette recherche consacrée à la chaîne de valeur du bois artisanal entre Banalia et Kisangani, le chercheur entend poursuivre son parcours scientifique et approfondir ses travaux en vue d’un projet doctoral envisagé pour 2028. Une ambition qui traduit la volonté de faire de la recherche un outil d’aide à la décision et de contribution à une gestion plus durable des ressources forestières en République démocratique du Congo.

La Rédaction

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici
Prouvez que vous êtes humain : 7   +   2   =