En Ituri, la crise humanitaire franchit un nouveau seuil d’alerte. À Plaine Savo, près de Fataki, quelque 76 000 personnes déplacées par les violences vivent dans une extrême précarité, alors que la menace d’Ebola vient s’ajouter à la faim, aux violences sexuelles, à la malnutrition et au manque d’eau potable. Médecins Sans Frontières (MSF) appelle à une mobilisation humanitaire urgente.
ITURI — Elles ont fui les violences armées pour trouver refuge. Mais à Plaine Savo, leur refuge risque désormais de devenir un nouveau foyer de vulnérabilité. Quelque 76 000 personnes déplacées vivent dans ce site situé près de Fataki, dans la province de l’Ituri, dans des conditions particulièrement précaires, alerte Médecins Sans Frontières (MSF).
Ces familles, contraintes de quitter leurs villages à cause de l’insécurité, vivent pour la plupart dans des abris de fortune construits avec du bois, des bâches et de la paille. Beaucoup ne peuvent plus accéder à leurs champs, aux marchés ou aux points d’eau en raison de l’insécurité persistante. Conséquence : la dépendance à l’aide humanitaire s’accentue, alors que celle-ci demeure largement insuffisante.
Selon MSF, seulement deux distributions alimentaires ont eu lieu sur le site depuis décembre. Une situation qui expose davantage les familles à la faim et à la malnutrition.
À cette précarité s’ajoute désormais une menace sanitaire majeure : Ebola. Trois cas confirmés de maladie à virus Ebola ont déjà été détectés au sein même du site de Plaine Savo. Les patients ont pu être rapidement transférés vers l’hôpital général de référence de Fataki et pris en charge grâce à la mobilisation communautaire et à l’intervention de MSF.
Mais pour l’organisation médicale, le risque de propagation reste particulièrement préoccupant. Les abris sont souvent construits à moins d’un demi-mètre les uns des autres, créant une forte promiscuité dans un environnement où l’accès à l’eau potable, aux latrines et aux infrastructures sanitaires demeure limité.

À l’hôpital général de référence de Fataki, MSF a installé une unité de traitement Ebola de 24 lits, avec une capacité appelée à passer à 32 lits. Au cours des derniers mois, 36 patients confirmés y ont été transférés et admis.
La menace épidémique vient ainsi se superposer à une crise humanitaire déjà profonde. Au cours des six derniers mois, le poste de santé de MSF à Plaine Savo a pris en charge en moyenne 60 survivantes et survivants de violences sexuelles chaque mois. Environ sept personnes blessées par balle ou par arme blanche y sont également reçues chaque semaine.
La malnutrition constitue une autre source d’inquiétude. En moyenne, neuf cas sont admis chaque semaine dans la structure de santé. Pour les familles déplacées, l’impossibilité de retourner dans leurs champs et de produire leur propre nourriture constitue l’un des principaux facteurs aggravant leur vulnérabilité.
Dans ce contexte, l’accès à l’eau potable et l’amélioration de l’assainissement apparaissent comme des éléments essentiels dans la prévention de la propagation d’Ebola. Depuis février, MSF affirme avoir construit 311 latrines et approvisionné progressivement le site en eau au moyen de camions-citernes. Neuf nouveaux forages sont également en cours de finalisation.
Malgré ces interventions, les besoins restent considérables au regard du nombre de personnes vivant dans le camp. L’organisation estime notamment que les capacités disponibles en matière d’eau potable et d’assainissement restent insuffisantes pour garantir des conditions sanitaires adéquates.
La situation est d’autant plus préoccupante que les violences continuent d’exposer les habitants à de nouveaux déplacements et à de graves atteintes à leur sécurité. Selon MSF, plusieurs victimes de violences sexuelles et plusieurs personnes blessées par balle ou par arme blanche ont été agressées alors qu’elles tentaient de sortir du site.

Pour faciliter l’accès aux soins spécialisés, MSF a obtenu l’autorisation d’utiliser son ambulance afin de transférer certains patients vers l’hôpital de Fataki, situé à environ 15 kilomètres du site. Cette possibilité est notamment cruciale pour les blessés graves et les femmes enceintes.
Face à cette accumulation de crises, MSF appelle à une mobilisation humanitaire beaucoup plus importante. Pour Trish Newport, coordinatrice des urgences de l’organisation, la situation à Plaine Savo nécessite une réponse urgente afin de préserver la vie et la dignité des personnes déplacées et de limiter le risque de propagation d’Ebola.
À Plaine Savo, les crises ne se succèdent plus : elles se conjuguent. Violences armées, déplacements massifs, faim, malnutrition, violences sexuelles, manque d’eau potable et menace épidémique forment désormais une équation humanitaire particulièrement dangereuse.
Pour ces milliers de familles, l’urgence ne consiste donc plus uniquement à disposer d’un lieu où se réfugier. Il faut également garantir les conditions minimales permettant d’y survivre dignement, tout en empêchant que la promiscuité et la précarité sanitaire ne transforment le site en un nouveau foyer de propagation de la maladie à virus Ebola.
La Rédaction













