Grand Chancelier des universités en RDC : de Kasa-Vubu à Tshisekedi, l’histoire d’une dignité académique au service du savoir

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À Lubumbashi, le 30 septembre 2026, l’Université congolaise remettra officiellement au Président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo les insignes de Grand Chancelier des Universités, Centres de recherche et Instituts supérieurs de la République démocratique du Congo. Au-delà du cérémonial, cette consécration renvoie à une histoire qui remonte aux premières années de l’indépendance et intervient dans un contexte de profondes réformes de l’enseignement supérieur, de la recherche scientifique et de l’innovation.
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‎Le rendez-vous du 30 septembre 2026 à l’Université de Lubumbashi ne sera pas une simple séquence protocolaire. Il doit consacrer, par la remise solennelle des insignes, la fonction de Grand Chancelier des Universités, Centres de recherche et Instituts supérieurs de la RDC attribuée au Chef de l’État. La cérémonie, placée sous la conduite de la Ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, Recherche scientifique et Innovations, Professeure Marie-Thérèse Sombo, se tiendra en marge de la clôture du jubilé de platine de l’Université de Lubumbashi, qui célèbre ses 70 ans.
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‎Une précision historique s’impose d’emblée : le 30 septembre ne marque pas la naissance de la fonction de Grand Chancelier. Cette qualité était déjà utilisée dans des documents et communications institutionnels congolais pour désigner le Président de la République. Un discours officiel prononcé en juillet 2025, par exemple, présentait déjà Félix Tshisekedi comme « Grand Chancelier des Universités ».
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‎La cérémonie de Lubumbashi correspond donc essentiellement à la consécration solennelle de cette dignité par la remise de ses insignes, autrement dit de ses attributs symboliques.
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‎Une histoire qui remonte aux premières années de la République
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‎L’histoire de cette dignité académique congolaise trouve une référence importante dans l’ancienne Université Lovanium, créée à Léopoldville et devenue l’un des grands foyers universitaires de l’ancien Congo.
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‎Les archives historiques de l’Université catholique de Louvain indiquent qu’en 1964, Joseph Kasa-Vubu, alors Président de la République du Congo, devint Grand Chancelier de l’Université Lovanium. Une autre source historique consacrée à Kasa-Vubu situe cette élévation au 2 février 1964.
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‎Cette référence est particulièrement importante pour comprendre la portée historique de la cérémonie annoncée à Lubumbashi. Dans une analyse publiée par l’Agence Congolaise de Presse en novembre 2025, le professeur Joseph Kazadi Mpiana rappelait que Félix Tshisekedi serait le deuxième Président de la République à recevoir ce titre après Joseph Kasa-Vubu.
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Il faut toutefois distinguer plusieurs réalités historiques. Des documents et discours administratifs de différentes périodes ont également qualifié les différents anciens Chefs de l’État de « Grand Chancelier » des universités ou de « Grand Chancelier des Universités congolaises ». Par exemple, un discours du ministère de l’Enseignement supérieur de 2017 désignait le Président de la République comme « Chef de l’État et Grand Chancelier des Universités congolaises ».
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‎En revanche, les sources historiques consultées ne permettent pas d’établir avec le même niveau de certitude que Mobutu, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila ont reçu les mêmes insignes académiques qui seront remis à Félix Tshisekedi. La référence solidement documentée concernant une remise antérieure de cette dignité est celle de Joseph Kasa-Vubu à Lovanium en 1964. Cette distinction est importante pour éviter de confondre l’usage institutionnel du titre avec la cérémonie de remise des insignes.
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‎Que représentent les insignes du Grand Chancelier ?
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‎Les insignes constituent, dans la tradition académique, les attributs visibles d’une dignité. Ils ne doivent donc pas être compris comme une simple décoration honorifique comparable à une médaille ordinaire. Ils matérialisent une fonction et son autorité symbolique au sein de l’institution universitaire.
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‎Dans le dispositif prévu pour Lubumbashi, une communication scientifique spécifique doit être consacrée aux attributs et à la symbolique des insignes du Grand Chancelier. Le programme de la cérémonie prévoit ensuite la lecture de leur signification avant leur port solennel par le Chef de l’État.
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‎Les documents publics consultés au 25 septembre 2026 ne donnent cependant pas encore un inventaire suffisamment précis et officiellement authentifié de chaque pièce composant les insignes — par exemple leur dénomination exacte, leur matériau, leur forme ou la signification propre de chacun des éléments. Il serait donc hasardeux d’affirmer, sans document officiel, qu’ils comprennent nécessairement un collier, un sceptre, une médaille, une toque ou une robe particulière.
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‎Ce qui est établi, en revanche, est leur portée institutionnelle : la note conceptuelle de la cérémonie présente la fonction de Grand Chancelier comme un lien entre la magistrature suprême et la communauté universitaire et scientifique nationale, ainsi que comme un symbole de protection du savoir, de promotion de l’excellence académique, de préservation de la dignité universitaire et d’orientation de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation vers les priorités de développement national.
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‎Ainsi, la symbolique des insignes dépasse leur aspect matériel. Ils renvoient à une conception de l’Université comme institution de production du savoir, de formation des élites, de recherche, d’innovation et de contribution au développement de la Nation.
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‎Pourquoi Félix Tshisekedi reçoit-il ces insignes maintenant ?
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‎La justification avancée par les autorités universitaires et gouvernementales s’inscrit dans le contexte des transformations engagées dans le secteur de l’enseignement supérieur, universitaire, de la recherche scientifique et de l’innovation.
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‎L’un des principaux chantiers est la réforme du système de formation. Les États généraux de l’ESU organisés à Lubumbashi en septembre 2021 avaient placé au centre de leurs recommandations la réforme de l’enseignement supérieur, le système Licence-Master-Doctorat, l’assurance qualité, la gouvernance, la numérisation, la cartographie du secteur et la recherche scientifique.
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‎Cette réforme est entrée dans une nouvelle phase avec la généralisation du système LMD. Selon les instructions officielles du ministère, l’année académique 2025-2026 consacre la généralisation des trois cycles — Licence, Master et Doctorat — après une évaluation à mi-parcours menée en 2025 sur instruction du Chef de l’État.
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‎La modernisation ne se limite pas aux programmes. Elle concerne également les infrastructures universitaires. À Mbuji-Mayi, le Président Tshisekedi a inauguré en octobre 2025 le nouveau campus de l’Université officielle de Mbuji-Mayi, comprenant notamment des auditoires modernes, des amphithéâtres, une résidence estudiantine, une bibliothèque et une salle informatique.
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‎Quelques mois plus tard, le 27 janvier 2026, il a inauguré le nouveau campus de l’Université de Kananga. L’infrastructure comprend notamment 16 auditoires de 200 places, des bâtiments administratifs, des résidences pour étudiants, deux bibliothèques, 14 laboratoires de recherche et une salle informatique. Les travaux avaient été financés sur fonds propres du Gouvernement. D’autres chantiers sont en cours dont quelques uns sont dans leurs phases de finissages, et les cérémonies d’inauguration pointent à l’horizon.
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‎Ces réalisations constituent l’un des éléments régulièrement mis en avant pour illustrer l’orientation donnée à la modernisation du secteur. Elles doivent néanmoins être replacées dans une dynamique plus large, qui comprend également la qualité de l’enseignement, la gouvernance et la recherche.
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‎Sur le plan de la gouvernance universitaire, le Président Tshisekedi avait demandé en septembre 2024 une accélération de la réforme du secteur, notamment en matière de viabilité des établissements, de gestion des carrières, de conditions de travail des enseignants et chercheurs et d’évaluation des recommandations issues des États généraux de l’ESU.
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‎En janvier 2026, le Gouvernement a encore inscrit parmi les actions prioritaires la consolidation du LMD, le renforcement de la gestion des établissements et centres de recherche, l’exigence de performance, la standardisation des structures organiques, l’assainissement des fichiers du personnel, l’amélioration des conditions salariales, la couverture maladie du personnel et la poursuite de la numérisation du secteur. C’est également au cours de cette réunion du Conseil des ministres que l’organisation de la remise des insignes de Grand Chancelier au Président de la République a été formellement mentionnée parmi les actions du secteur.
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‎La numérisation constitue un autre volet de cette transformation. Le ministère indique notamment avoir développé des outils liés à la carte universitaire, à la gestion numérique et à l’enseignement ouvert et à distance, avec l’objectif de réduire les disparités géographiques dans l’accès à l’enseignement supérieur.
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‎La recherche scientifique et l’innovation occupent également une place importante. Lors de la clôture du Forum du génie scientifique congolais en août 2024, Félix Tshisekedi avait demandé au Gouvernement de préparer un texte destiné à assurer un financement plus innovant et adéquat de la recherche et de l’innovation et avait appelé à des allocations plus ambitieuses pour le secteur.
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‎Cette orientation s’est poursuivie avec le Forum du Génie scientifique congolais de 2025, au cours duquel le Gouvernement a mis en avant la nécessité de mieux valoriser les inventions et les innovations congolaises et de renforcer le rôle de la science dans le développement national.
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‎À ces chantiers s’ajoutent le développement des écoles doctorales, la promotion des chercheurs, les programmes de bourses, l’assurance qualité, la fiabilisation des données académiques et la volonté affichée de rapprocher davantage la formation universitaire des besoins du développement national. Le ministère recensait encore en avril 2026 des mesures concernant notamment les bourses du troisième cycle, l’assurance qualité, la révision des curricula, la numérisation et les infrastructures.
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‎Une distinction qui intervient dans un secteur encore confronté à d’importants défis
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‎La remise des insignes ne signifie évidemment pas que toutes les difficultés de l’Université congolaise sont résolues. Les propres documents du Gouvernement montrent au contraire que plusieurs chantiers demeurent ouverts : amélioration des conditions de travail, financement de la recherche, gouvernance des établissements, gestion des carrières, qualité des formations, modernisation des laboratoires et infrastructures, numérisation et protection du patrimoine scientifique.
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‎Le Conseil des ministres du 30 janvier 2026 relevait encore des préoccupations liées à la gestion du personnel, aux conditions salariales et à la couverture maladie. Le même document faisait état de problèmes affectant le patrimoine scientifique de l’INERA à Yangambi et Kipopo, rappelant que la consolidation de la recherche scientifique ne passe pas uniquement par de nouvelles constructions, mais aussi par la protection et la valorisation des infrastructures et espaces scientifiques existants.
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‎C’est précisément dans cette perspective que la cérémonie de Lubumbashi prend une dimension particulière. Elle ne constitue pas seulement une reconnaissance adressée au Chef de l’État. Elle devient également une occasion pour la communauté universitaire de rappeler les attentes qui accompagnent la transformation du secteur.
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‎Le colloque scientifique organisé autour de la cérémonie doit d’ailleurs aborder des questions telles que le leadership universitaire, la souveraineté scientifique, la cohésion nationale, le rayonnement international, le système LMD, l’assurance qualité, la gouvernance, les infrastructures, la recherche, l’innovation et la coopération académique.
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‎De Kasa-Vubu à Tshisekedi, une continuité symbolique
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‎Près de six décennies séparent la consécration de Joseph Kasa-Vubu comme Grand Chancelier de Lovanium, en 1964, et la cérémonie annoncée pour Félix Tshisekedi à Lubumbashi en 2026.
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‎Entre ces deux moments, le système universitaire congolais a profondément évolué : de l’Université Lovanium et des premières institutions universitaires de la jeune République à un réseau national comprenant des universités, instituts supérieurs et centres de recherche répartis à travers le territoire.
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‎La fonction de Grand Chancelier s’inscrit aujourd’hui dans cette réalité nationale. Le Chef de l’État est présenté comme le point institutionnel de liaison entre la République et l’ensemble de la communauté universitaire et scientifique. Le choix de l’Université de Lubumbashi pour la remise des insignes renforce encore cette dimension historique : l’institution célèbre ses 70 années d’existence, soit sept décennies consacrées à la formation, à la recherche et au service à la société.
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‎Le 30 septembre 2026, les insignes remis à Félix Tshisekedi auront donc une portée qui dépasse la seule personne du Président. Ils seront appelés à représenter, dans le cérémonial académique, la place du savoir dans la construction de la République, la responsabilité attachée à la protection et à la promotion de l’Université ainsi que l’ambition de faire de la recherche et de l’innovation des instruments du développement national.
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‎La véritable portée de cette cérémonie se mesurera ainsi autant à la solennité du port des insignes qu’à la capacité du système universitaire congolais à transformer les réformes annoncées en résultats durables : des formations de qualité, des infrastructures fonctionnelles, des laboratoires opérationnels, une recherche mieux financée, des enseignants et chercheurs mieux accompagnés, des étudiants mieux encadrés et une production scientifique davantage connectée aux défis de la RDC.
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‎À Lubumbashi, l’Université congolaise ne s’apprête donc pas seulement à remettre des insignes à un Chef de l’État. Elle s’apprête aussi à inscrire dans son histoire une nouvelle séquence de la relation entre la République, l’Université et la science.
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‎En ce sens, le rendez-vous du 30 septembre 2026 pourrait être lu comme une double cérémonie : la consécration symbolique du Grand Chancelier et, surtout, une nouvelle affirmation de la place que la RDC entend accorder au savoir, à la recherche et à l’innovation dans son projet de transformation nationale.
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‎La Rédaction

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