Maniema : entre calculs politiques et exigence de redevabilité, le politologue Enoka Bakombo décrypte les enjeux de l’interpellation du gouverneur Kabwankubi
L’assistant de deuxième mandat à l’Université de Kindu (UNIKI), Christophe Enoka Bakombo, a livré une analyse politique approfondie de la crise institutionnelle qui secoue actuellement la province du Maniema, à la suite de l’interpellation du gouverneur Mussa Kabwankubi par l’Assemblée provinciale.
Pour ce politologue de formation, dans toute démocratie moderne, la règle de la majorité demeure le fondement principal de la prise de décision politique. Ce principe permet aux institutions de fonctionner de manière ordonnée tout en assurant la stabilité des choix collectifs. Toutefois, souligne-t-il, la démocratie ne peut se réduire à une simple logique numérique.
Selon lui, elle implique également le respect des droits de la minorité, la liberté du débat contradictoire ainsi que l’obligation pour les dirigeants et les élus de rendre compte de leur gestion au peuple.C’est dans cette logique qu’il analyse l’interpellation du gouverneur du Maniema.
Pour Enoka Bakombo, dans un système parlementaire, les mécanismes de contrôle tels que l’interpellation constituent des instruments légitimes permettant aux représentants du peuple d’exercer leur mission de contrôle de l’action publique.
« Dès lors, lorsqu’une majorité de députés décide de soutenir ou de rejeter une telle procédure, cette décision acquiert une valeur politique et institutionnelle qui doit être respectée conformément aux règles démocratiques », explique-t-il.
Cependant, poursuit-il, le débat démocratique ne saurait se limiter au seul verdict de la majorité. Les parlementaires ne sont pas uniquement responsables devant leur Assemblée, mais également devant la population qui leur a confié un mandat.
« Le peuple demeure le souverain primaire et le détenteur ultime de la légitimité politique. À ce titre, chaque position prise par un élu dans un dossier touchant à la gestion de la chose publique est naturellement soumise à l’appréciation de l’opinion », insiste-t-il.
Le jeune analyste politique rappelle également que le contrôle parlementaire joue un rôle central dans la consolidation de l’État de droit. Celui-ci permet, selon lui, de promouvoir la transparence, de prévenir les abus de pouvoir et de renforcer la confiance des citoyens envers les institutions publiques.
Ainsi, estime-t-il, toute tentative de blocage ou d’affaiblissement d’un mécanisme de contrôle peut être perçue par une partie de l’opinion comme une remise en cause du principe de redevabilité politique.
Toutefois, Enoka Bakombo précise qu’il ne s’agit pas de condamner systématiquement les élus opposés à une interpellation, chaque parlementaire demeurant libre de ses choix politiques et stratégiques dans un système démocratique.
« Mais cette liberté doit toujours s’exercer dans le souci de l’intérêt général et dans le respect des attentes de la population. Les citoyens attendent de leurs représentants qu’ils défendent la transparence, la bonne gouvernance et la protection des ressources publiques », ajoute-t-il.
Christophe Enoka Bakombo estime par ailleurs qu’une démocratie crédible repose sur un équilibre permanent entre la légitimité de la majorité, le respect des opinions divergentes et l’exigence de responsabilité devant le peuple.
Pour lui, le contrôle parlementaire ne doit jamais être considéré comme un simple affrontement politique, mais plutôt comme un instrument essentiel de bonne gouvernance et de vitalité démocratique.
« La grandeur des institutions ne se mesure pas seulement à la force des majorités, mais aussi à leur capacité à garantir la transparence, la justice et la confiance des citoyens envers l’État », conclut-il.
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