Un rapport de l’ONG Patrice Emery Lumumba pour le Développement Communautaire, la Défense et la Promotion des Droits Humains (PELDDH) tire la sonnette d’alarme sur de graves préoccupations liées à la gouvernance des ressources naturelles dans le nord-est de la République démocratique du Congo. Le document, couvrant la période 2024-2026, fait état de nombreux contentieux opposant des sociétés minières et forestières aux communautés locales, mais aussi d’une recrudescence du trafic d’espèces protégées.
Selon ce rapport, les provinces de la Tshopo, du Haut-Uélé et du Maniema concentrent plusieurs dossiers liés aux conflits fonciers, aux obligations sociales des entreprises, à la pollution des cours d’eau et à la protection des défenseurs de l’environnement. La Tshopo représenterait à elle seule plus de 90 % des cas recensés par l’organisation.

Parvenu samedi à la rédaction de LumièreNews.cd, le document décrit des situations dans lesquelles certaines concessions auraient été attribuées sans prise en compte suffisante des droits fonciers coutumiers des communautés riveraines. La PELDDH relève également des manquements présumés de certaines entreprises à leurs obligations sociales, ainsi que des cas de pollution liés aux activités minières.
Ces pratiques affecteraient particulièrement les populations dépendantes des ressources naturelles, notamment les communautés de pêcheurs. La contamination présumée de certains cours d’eau compromettrait ainsi leurs activités économiques et leurs moyens de subsistance.
Le rapport s’intéresse également à la situation des défenseurs environnementaux. Selon la PELDDH, ceux qui documentent les activités d’exploitation forestière, les conflits fonciers ou les manquements présumés de certaines entreprises seraient exposés à des intimidations et à des menaces.

L’organisation établit par ailleurs un lien entre ces tensions et la persistance de conflits fonciers intercommunautaires dans certaines zones. Elle appelle ainsi à une meilleure protection des personnes engagées dans la défense de l’environnement et des droits des communautés locales.
Autre alerte du rapport : le trafic d’espèces protégées. La Tshopo serait devenue un important point de transit pour différents produits et espèces issus du commerce illégal de la faune, notamment l’ivoire, les chimpanzés, les okapis, les léopards et les perroquets gris.
À Kisangani, les investigations évoquées dans le rapport auraient permis d’identifier des réseaux organisés, dont les ramifications pourraient atteindre certains services publics. La PELDDH souligne toutefois les résultats obtenus grâce aux opérations conjointes menées par les services judiciaires, l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), Conserv Congo et d’autres partenaires.
Le rapport cite notamment la saisie de perroquets gris, suivie de leur prise en charge au jardin zoologique de Kisangani avant leur relâchement récent, comme un exemple d’intervention contre le trafic de la faune sauvage.
Pour la PELDDH, l’un des principaux obstacles demeure la faible spécialisation des acteurs judiciaires dans les matières liées aux ressources naturelles. L’organisation relève notamment un besoin de formation des magistrats, avocats et greffiers, civils comme militaires, sur le Code minier, le Règlement minier et le Code forestier.
Cette insuffisance, estime-t-elle, complique le traitement des dossiers impliquant les sociétés extractives, les communautés locales et les défenseurs environnementaux.
L’ONG dénonce également ce qu’elle présente comme une influence excessive de certaines entreprises sur les mécanismes administratifs et judiciaires locaux. Elle évoque des situations dans lesquelles des décisions de justice auraient été rendues dans un contexte d’influences extérieures, une affirmation qui relève des conclusions et appréciations contenues dans son rapport.
Sur l’ensemble des dossiers recensés, cinq seulement auraient bénéficié d’un accompagnement judiciaire et d’une délocalisation, avec l’appui de partenaires internationaux. Onze autres dossiers seraient toujours en attente d’un soutien permettant leur prise en charge devant les juridictions compétentes.
À travers ce rapport, la PELDDH appelle ainsi à renforcer l’accès à la justice pour les communautés locales, la protection des défenseurs environnementaux et la lutte contre les réseaux de trafic de la faune sauvage.
L’organisation plaide également pour une meilleure application des textes encadrant les activités minières et forestières, estimant que la protection des ressources naturelles du bassin du Congo passe autant par le renforcement de la justice que par une meilleure responsabilisation des acteurs économiques et des services publics.
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