RDC : à qui profitent les dérives du duo Patrick Lokala–Delphin Kasongo dans les accusations portées contre Doudou Fwamba lors d’une émission télévisée ?(TRIBUNE TRÉSOR BOTAMBA)

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L’émission animée par Delphin Kasongo, avec la participation du journaliste Patrick Lokala, aura surtout mis en lumière une inquiétante dérive du débat public : la facilité avec laquelle des accusations d’une extrême gravité peuvent être formulées sur un plateau de télévision sans que le public ne soit présenté à des preuves permettant d’en apprécier le bien-fondé.

Au centre des échanges figurait le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, présenté à travers des allégations particulièrement lourdes de conséquences. Dans une République fondée sur l’État de droit, accuser publiquement un citoyen — a fortiori un membre du Gouvernement — d’entretenir des liens avec un mouvement armé comme le M23 ne peut relever ni de l’intuition, ni de la rumeur, ni de la simple conviction personnelle. Une telle affirmation exige des éléments de preuve sérieux et, le cas échéant, relève de l’appréciation des juridictions compétentes.

La présomption d’innocence n’est pas un privilège accordé à quelques-uns. Elle constitue un principe fondamental qui protège chaque citoyen contre les condamnations hâtives et les procès rendus sur la place publique. Un plateau de télévision n’a ni la vocation ni la légitimité d’exercer les fonctions d’un tribunal.

En démocratie, la liberté d’expression autorise la critique, même sévère, de l’action publique. Elle ne dispense toutefois jamais de l’obligation de rigueur. Plus une accusation est grave, plus le niveau d’exigence en matière de preuve doit être élevé. C’est précisément cette exigence qui distingue le journalisme d’investigation de la simple polémique.

Dans un contexte où l’Est de la République démocratique du Congo demeure meurtri par les violences des groupes armés, les mots ne sont jamais anodins.

Associer une personnalité publique au M23 sans démonstration rigoureuse dépasse le cadre du débat politique. Une telle accusation peut porter durablement atteinte à la réputation d’une personne, alimenter les tensions et fragiliser davantage un climat national déjà éprouvé.Si Delphin Kasongo ou les intervenants de son émission disposent d’informations susceptibles de mettre en cause le ministre des Finances, la voie appropriée demeure celle des institutions judiciaires. C’est à elles qu’il appartient de vérifier les faits, de recueillir les preuves et, le cas échéant, d’établir les responsabilités.

À défaut, la prudence commande de s’abstenir de transformer des soupçons en vérités médiatiques.Les soutiens de Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi voient dans cette séquence médiatique une campagne destinée à fragiliser un ministre qui a engagé des réformes en faveur d’une gestion plus rigoureuse des finances publiques.

Selon eux, la lutte contre certaines pratiques de prédation et le renforcement des mécanismes de contrôle dérangent des intérêts établis, ce qui expliquerait les attaques récurrentes dont il fait l’objet.Quelles que soient les convictions de chacun, une démocratie ne peut prospérer si le débat public renonce à la culture de la preuve. La force d’une accusation ne réside ni dans son retentissement médiatique ni dans sa répétition, mais dans sa capacité à être démontrée.

Le journaliste n’est pas un procureur, pas plus que l’animateur d’une émission n’est un juge. Leur responsabilité est d’éclairer l’opinion, non de prononcer des condamnations. Lorsque cette frontière s’efface, le risque est grand de voir la justice céder la place au tribunal de l’opinion, où les réputations sont détruites avant même que les faits ne soient établis.

Dans une période où la cohésion nationale est mise à rude épreuve, la responsabilité des acteurs médiatiques est plus importante que jamais. Informer exige de la rigueur, critiquer suppose des faits, et accuser impose des preuves. C’est à ce prix que la liberté d’expression demeure une force au service de la démocratie, plutôt qu’un instrument de suspicion ou de discrédit.

Rédaction

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