Alors que le colonel Guy Biabongo et huit policiers sont poursuivis devant la Cour militaire à la suite de l’altercation ayant opposé des éléments de la Police nationale congolaise au procureur Aaron Ikobia Bahati, le professeur Alphonse Maindo livre une lecture différente de l’affaire. Dans une interview accordée à Lumière-News.cd, l’analyste estime que les policiers intervenaient dans le cadre d’une mission de service public et soutient que les circonstances de l’incident doivent être examinées dans leur ensemble. Il met également en cause la manière dont la procédure judiciaire a été engagée.
L’affaire opposant le procureur près le Tribunal de paix de Makiso, Aaron Ikobia Bahati, à des éléments de la Police nationale congolaise (PNC) à Kisangani continue de susciter des réactions. Alors que huit policiers, dont trois officiers, sont poursuivis devant la Cour militaire et que le colonel Guy Biabongo, commandant urbain de la PNC, a été placé sous mandat d’arrêt provisoire, le professeur Alphonse Maindo propose une lecture différente des événements.
Dans une interview exclusive accordée à Lumière-News.cd le samedi 12 septembre, l’analyste politique et défenseur des droits de l’homme estime que les autorités devraient, avant toute conclusion, examiner l’ensemble des circonstances ayant conduit à l’altercation.
« Je regrette beaucoup qu’un haut fonctionnaire de l’État, un homme qui est censé être un homme d’État, puisse agir sur base d’une vidéo virale et ordonner l’arrestation d’officiers supérieurs qui accomplissaient une mission de service public », affirme-t-il, en référence à la réaction des autorités judiciaires face aux images de l’incident.
Pour le professeur Maindo, il aurait fallu, au préalable, recueillir les informations auprès des différents services présents dans la ville. « On aurait dû d’abord s’informer auprès des services compétents sur place : la mairie, la police elle-même, la DGM, les renseignements », soutient-il.
Selon son récit, l’opération d’assainissement et de démolition des constructions érigées sur l’emprise publique ne relevait pas d’une initiative personnelle du commandant urbain de la PNC. Il affirme que l’opération aurait été décidée au niveau de la mairie avant d’être examinée et validée dans le cadre du comité provincial de sécurité élargi.
Le professeur Maindo évoque également un moratoire qui aurait été décrété au mois d’août afin de permettre une campagne de sensibilisation auprès des occupants concernés et leur donner la possibilité de procéder eux-mêmes à la démolition de certaines constructions afin de récupérer leurs matériaux. L’opération aurait ensuite repris au mois de septembre.
C’est dans ce contexte qu’il situe l’incident survenu le samedi 5 septembre. Selon les éléments qu’il avance, le procureur Aaron Ikobia se serait rendu le 3 septembre 2026 au commissariat provincial accompagné d’un haut magistrat du parquet, avocat général de son grade, afin de solliciter que les constructions devant sa parcelle soient épargnées, affirmant notamment que la boutique qui s’y trouvait ne lui appartenait même pas.
Le professeur Maindo affirme que le magistrat aurait, à cette occasion, prévenu qu’il provoquerait un grand scandale si les agents venaient à procéder à la démolition devant sa résidence de fonction. Une déclaration que l’universitaire interprète comme un élément pouvant, selon lui, nourrir l’hypothèse d’une préméditation.
« Il avait promis à cette occasion que si jamais on osait venir chez lui, il ferait un scandale. Donc on peut considérer que nous avons une préméditation », affirme-t-il.
Concernant le déroulement de l’opération, le professeur Maindo présente une version selon laquelle l’altercation aurait commencé après l’intervention de l’épouse du procureur, avant l’arrivée de ce dernier sur les lieux. Il affirme que le magistrat aurait ensuite eu une altercation physique avec certains policiers.
« Il va empoigner certains agents pour les soustraire de leur travail. Ça, c’est la rébellion. C’est outrage à un fonctionnaire en plein exercice de son travail. Normalement, celui qui devrait être poursuivi, c’est celui qui accuse aujourd’hui », soutient-il.
Tout en reconnaissant l’existence des images montrant l’altercation, le professeur Maindo s’interroge par ailleurs sur la diffusion partielle de la séquence. Selon lui, les images montrant éventuellement les événements ayant précédé la riposte des policiers devraient également être prises en compte pour permettre une appréciation complète des faits.
Sur le volet judiciaire, l’analyste conteste la manière dont les poursuites ont été engagées contre les policiers. Il estime que ceux-ci intervenaient dans le cadre d’une mission officielle et que la responsabilité du commandement ne peut être appréciée indépendamment du contexte dans lequel l’opération avait été décidée.
« Ces policiers n’ont fait qu’accomplir une mission de service public. Ce n’est pas une initiative du commandant de la ville », affirme-t-il.
Le professeur Maindo voit, dans la procédure engagée contre les policiers, un risque de dysfonctionnement institutionnel. Il s’interroge notamment sur la cohérence d’une situation dans laquelle des autorités ayant, selon lui, participé à la décision relative à l’opération d’assainissement se retrouvent ensuite dans le processus judiciaire consécutif à celle-ci.
« Comment peut-il s’opposer à sa propre hiérarchie judiciaire qui a participé à la décision de démolir aujourd’hui ? Il y a manifestement insubordination et dysfonctionnement institutionnel », estime-t-il.
L’universitaire établit également un parallèle avec une précédente affaire disciplinaire concernant un avocat du barreau de la Tshopo, estimant que les principes appliqués dans ce dossier devraient, selon lui, être les mêmes lorsqu’il s’agit d’agents de la police en mission.
« Pourquoi tolérer aujourd’hui une rébellion contre l’autorité établie qui fait une mission de service public ? », s’interroge-t-il.
Se présentant comme défenseur des droits humains, Alphonse Maindo dit, dans ce dossier, se placer du côté des policiers poursuivis, qu’il considère comme victimes d’une injustice. Il dénonce notamment leurs conditions de détention et affirme que certains d’entre eux seraient confrontés à des problèmes de santé sans accès adéquat aux soins.
« C’est inhumain », déplore-t-il.
Le Professeur Maindo se montre également très critique à l’égard de l’action du Ministre d’État, Ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, dans ce dossier. Il estime que l’autorité gouvernementale aurait dû, selon lui, attendre de disposer davantage d’éléments avant d’engager une procédure contre les policiers.
« Si j’étais Ministre de la Justice, j’instruirais pour que les policiers soient relaxés et que ce magistrat soit poursuivi et je présenterais mes excuses aux policiers injustement arrêtés », déclare-t-il.
Enfin, l’analyste replace cette affaire dans le contexte sécuritaire de Kisangani. Il estime que la détention du commandant urbain de la PNC intervient à un moment où la ville fait face, selon lui, à plusieurs problèmes d’insécurité.
« Cette semaine, il y a eu plusieurs vols à mains armées, avec viols de femmes dans les quartiers. Pendant ce temps, on distrait l’opinion, le commandant de la police est aux arrêts au lieu de s’occuper de la sécurité des personnes et des biens », affirme-t-il.
Et de poursuivre : « Comment veut-on restaurer l’autorité de l’État si ceux qui veulent remettre de l’ordre dans des conditions difficiles sont poursuivis ? »
Pour rappel, l’incident est survenu le 5 septembre lors d’une opération d’assainissement au cours de laquelle la clôture en tôles de la parcelle du procureur Aaron Ikobia aurait été démolie. Une altercation entre le magistrat et des policiers a ensuite été filmée et largement relayée sur les réseaux sociaux.
Le colonel Guy Biabongo, commandant urbain de la PNC à Kisangani, a par la suite été placé sous mandat d’arrêt provisoire. Le 9 septembre, huit prévenus, dont trois officiers, ont été poursuivis devant la Cour militaire pour notamment coups et blessures, outrage à un magistrat et destruction méchante. De son côté, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a condamné l’agression du magistrat et appelé à des sanctions sévères.
La procédure judiciaire étant toujours en cours, les responsabilités des différentes parties devront être établies par les juridictions compétentes. Les éléments avancés par le professeur Alphonse Maindo constituent ainsi une lecture et une version des faits qu’il appartient aux autorités judiciaires de confronter aux autres éléments du dossier.
La Rédaction













